Les 26 et 27 mai, le sommet du G8 se tiendra à Deauville. Ce sommet réunit les chefs d’État des 8 pays les plus riches : France, États-Unis, Royaume-Uni, Russie, Allemagne, Japon, Italie et Canada (65% du PIB de la planète). Cet événement sera sous l’égide de la présidence française et des enjeux internationaux. Alors que les peuples européens subissent une cure d’austérité sans précédent, la question sera donc : comment élargir encore plus le contrôle politique, économique et social des plus riches au détriment des peuples.
Trois thèmes seront notamment abordés : Les « printemps arabes » : un partenariat pour la démocratie, Le partenariat avec l’Afrique, une vision de long terme, Le volet « paix et sécurité », thèmes traditionnels du G8 .
Le printemps arabe ou l’hypocrisie des puissants
Ce que la présidence française affiche en matière de priorité pour ce G8, ne constitue ni plus ni moins qu’un mensonge d’État. Sur le site de Nicolas Sarkozy on peut en effet lire : « La Présidence française du G8 soutient ces transitions démocratiques et lancera un partenariat renforcé et de long terme, avec les pays de la région engagés en soutien aux sociétés civiles et aux réformes économiques et sociales, notamment en direction de la jeunesse dont la soif de liberté a été à l’origine des mouvements de libération des peuples arabes. ». Si partenariat il existe, et depuis longtemps, c’est bien les régimes de Ben Ali et de Moubarak qui en ont profité depuis leurs débuts. La pirouette de ces derniers mois, ne pourra pas nous faire oublier que quand le peuple tunisien s’est révolté, la France a proposé en solidarité d’envoyer ses armes pour réprimer les manifestants, les États-Unis préférant quant à eux mobiliser la CIA pour venir en aide au dictateur égyptien. Comment oublier également que depuis des années l’Union Européenne et ses États membres, se sont évertués à grands coups « d’accords d’associations », de faire de ces pays le laboratoire d’étude des politiques néolibérales, demandant aux gouvernants de privatiser à tour de bras au profit des entreprises européennes ? Peut-être devrait-on réexpliquer à M. Sarkozy et consorts que c’est ces politiques qui ont entrainé une explosion de la misère, du chômage et de la précarité, à l’origine des révoltes actuelles. Comment peut-on croire qu’aujourd’hui ont voudrait réellement aider ces peuples, alors que hier encore tout était mis en œuvre pour les ruiner ? Comment peut-on croire que les pays du G8 seraient aujourd’hui les défenseurs des droits de l’Homme lorsque le 18 avril, la France conjointement à l’Italie demande la suspension des accords de Schengen pour éviter d’accueillir les migrants venus de Tunisie ou de Libye ? Une chose est sûre, pourtant : c’est bien les jeunes qui sont à l’origine de ces mouvements populaires, c’est bien entre leur mains que repose la responsabilité de continuer les transformations sociales, politiques et économiques entamées dans ces pays. Nous devons nous mobiliser contre l’ingérence dont les pays occidentaux font preuve. Partout nous souffrons des mêmes maux : ces puissants qui exploitent les peuples pour engraisser les riches.
En Europe comme dans les pays arabes, nous devons le dire haut et fort : nous ne voulons plus de ces politiques ! Nous ne voulons pas payer une crise qui n’est pas la notre !
Le partenariat avec l’Afrique : la France n’en a pas fini avec ses visées néocoloniales
C’est promis. Juré. « À Deauville, les chefs d’État et de gouvernement du G8 rencontreront leurs partenaires africains pour des discussions libres et directes sur les enjeux du continent. ». On serait tenté de le croire si le texte ne continuait pas ainsi : « Le G8 exprimera également son soutien aux avancées démocratiques en Afrique en invitant les chefs d’État nouvellement élus de Côte d’Ivoire, du Niger et de Guinée-Conakry à participer au dialogue élargi sur l’Afrique. ».
Pourtant, les récents engagements de l’armée française en Afrique (Libye, Côte d’Ivoire), sur ordre de son chef et sans la moindre consultation des élus de la République, dit assez que la France de Sarkozy n’a nullement l’intention de rompre avec près de deux siècles, de conquêtes et de domination coloniales.
Après avoir armé, soutenu, défendu, vanté, caressé, gavé le colonel Kadhafi, les Occidentaux se seraient soudain aperçus que leur ami était un dictateur criminel ? C’est la fable qu’on nous raconte mais qui peut le croire ? En réalité, ils ne voient plus le vieux tyran comme le bon cheval pour piller les énormes ressources en hydrocarbures (pétrole, gaz) du pays. Qui peut encore croire que l’OTAN veut et va apporter par ses bombes la démocratie dans ce pays ? On a vu les résultats en Irak et en Afghanistan ! De plus, des milliers de civils ont déjà été blessés dans ces combats. Les frappes ne sont jamais « chirurgicales » ni les dommages « collatéraux ». À la fin, c’est toujours le peuple qui meurt.
En effet, l’armée française reste implantée sur le continent africain de manière permanente notamment au Sénégal, Mali, Djibouti, Tchad, Gabon et Côte d’Ivoire. Elle regroupe un total de plus d’une dizaine de milliers de soldats. La France fait également appel à des mercenaires lorsqu’elle ne peut pas agir directement. Aujourd’hui l’Afrique francophone reste d’une importance majeure pour les entreprises françaises et génère des dizaines de milliards d’euros chaque année. Citons ici l’entreprise Total au Congo Brazzaville et au Gabon. Dans ces pays ainsi qu’au Cameroun, le bois fait la fortune des amis de Sarkozy, Bolloré et Rougier, alors qu’au Mali l’or est une manne pour la Somadex, une filiale de Bouygues. On pourrait évidemment aussi parler de l’exploitation du gaz en Algérie ou du cacao, du pétrole ou des diamants en Côte d’Ivoire. En termes d’égalité, il serait bon de rappeler à notre gouvernement que dans l’ensemble des pays sub-sahariens colonisés par la France, le Franc CFA reste contrôlé par la banque de France. Nous n’oublions pas non plus qu’en terme « d’avancées démocratiques », la France a poussé à la guerre civile en Côte d’Ivoire au lieu d’essayer de promouvoir une issue pacifique au conflit. Cette volonté politique en Côte d’Ivoire comme en Libye qui entraine la mort de plusieurs centaines de personnes et en blesse des milliers d’autres.
Il faut dès aujourd’hui s’attaquer aux enjeux fondamentaux que sont la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nous devons condamner toutes ces ingérences néo-coloniales et exiger que le droit des populations à gouverner leur propre destin, sans être les victimes des décisions de quelques oligarques, soit respecté !
Refusons cette politique de « démocratie par les bombes » que l’on voudrait nous imposer ! Le G8 ne doit pas être le gendarme du monde !
Peut-on promouvoir la paix en soutenant la guerre ?
Le volet traditionnel « paix et sécurité » sera également un des sujets central de ce sommet du G8. Y seront évoqués en particulier la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue. Si la question de l’Iran, Libye, Syrie, Proche-Orient, Afghanistan, Pakistan sera discutée (il est vrai que ce n’est pas comme si l’OTAN n’occupait pas déjà deux de ces pays !) une des questions centrale qui est celle d’une paix juste en Palestine, ne sera pas l’objet d’un débat particulier.
Pourtant c’est 11 000 prisonniers politiques palestiniens qui sont aujourd’hui dans les geôles israéliennes. Pour la plupart, ces personnes sont enfermées sans même avoir été jugées, sans raisons particulières, mais selon le seul principe de « précaution ». Dans un État où les droits inaliénables ne sont pas respectés, c’est la raison qu’on évoque pour outrepasser le droit international. Israël est un état ultra-sécuritaire et paranoïaque qui cherche toutes les raisons d’enfermer les Palestiniens.
Le nouvel accord entre le Fatah et le Hamas pourrait constituer un moment historique pour la reconnaissance d’un véritable État Palestinien, indépendant et sur les frontières de 1967 avec Jérusalem Est comme capitale. Pourtant les États du G8 refusent de dénoncer Israël pour les exactions que son gouvernement commet. Ce n’est pourtant pas les preuves qui manquent. Comment peut-on tolérer par exemple que l’UE refuse d’appliquer les recommandations du rapport Goldstone (qui démontre ces crimes) et préfère octroyer à Israël un accord d’association avancé ?
Nous nous battons pour un monde de paix et de solidarité entre les peuples, en harmonie avec l’environnement, débarrassé de tout impérialisme ou néocolonialisme.
Pour cela nous exigeons :
Un droit à l’autodétermination des peuples excluant tout repli identitaire avec par exemple la constitution d’un Etat palestinien ayant une réelle cohérence territoriale, et le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. La réparation des injustices économiques et sociales faites aux pays du Sud, notamment par l’annulation de leurs dettes. Le droit des pays à maîtriser leurs ressources naturelles et leur production. La création d’un système de solidarité entre les nations et les peuples, à l’instar de l’ALBA en matière de programmes éducatifs, sanitaires et de partages des ressources naturelles et d’établissements d’un commerce fondé sur des bases coopération et de solidarité. L’arrêt des guerres impérialistes en Afghanistan, en Libye, en Irak et ailleurs. La fin de la course aux armements et le démantèlement des armes nucléaires et conventionnelles. Pour cela nous exigeons par exemple la fermeture des bases militaires délocalisées qui font planer un risque de guerre permanent. L’abolition des outils de guerre économiques comme la levée immédiate du blocus contre Cuba et Gaza. Le droit au retour des Palestiniens sur leur terre. La libération des prisonniers politiques palestiniens, notamment celles de Salah Hamouri et Marwan Barghouti La suspension de l’accord d’Association entre l’Union européenne et Israël tant que le gouvernement de Tel-Aviv ne se soumettra pas au droit international.
Pour sortir des logiques capitalistes et imperialistes, nous voulons :
La suppression de l’OTAN, instrument militaire de l’impérialisme occidental. La refondation de l’ONU pour qu’elle devienne une véritable force de paix, garante des libertés des peuples à disposés d’eux-mêmes. Le remplacement des institutions économiques internationales (FMI, OMC, Banque mondiale...). La construction de nouvelles institutions à l’échelle continentale et mondiale œuvrant au développement social et à la souveraineté des peuples.
Le monde de demain est celui que la jeunesse construit aujourd’hui. Sans toi rien ne se fera, alors rejoins-nous !